Partager l'article ! DNA du 21/01/12 Obernai première année de l'espace aquatique: Les comptes de Bruno Freyermuth ...
Bruno FREYERMUTH
Le blog d'un obernois qui a décidé de résister
« Dès le départ, Bernard Fischer a vu trop grand. C’est un bel équipement, mais il coûte trop cher », estime-t-il. Ce à quoi le président de la communauté de communes répond que « les neuf dixièmes du coût de fonctionnement sont payés par les utilisateurs » et que l’investissement, de 18,5 millions d’euros HT a été réalisé dans de très bonnes conditions : 5 millions d’euros d’emprunt à des taux fixes proches de 3,5 % et 7 millions d’euros de subventions. Pour Bernard Fischer, le bonheur procuré aux utilisateurs et les bienfaits sur l’attractivité du territoire le valaient.
Bruno Freyermuth tient aussi à une mise au point : « Les gens pensent que L’O appartient à la Ville et que compte tenu de l’affluence vantée par Bernard Fischer, plein de sous tombent dans les caisses d’Obernai. Il faut insister sur le fait qu’il s’agit d’une délégation de service public. Ça veut dire que votre ticket d’entrée finit entièrement dans la poche du délégataire. » À savoir la société privée Ellipse, qui emploie plus de 30 personnes.
Aucune piscine n’étant rentable, la communauté de communes lui verse chaque année 275 000 € pour s’occuper de L’O. Une somme qui a été récemment augmentée de 10 %, parallèlement à une hausse du ticket d’entrée au 1 er janvier. L’élu d’opposition craint que la fréquentation de L’O ne chute après cette première année – ce que contredisent les prévisions – et que d’autres rallonges budgétaires soient votées.
Quoi qu’il en soit, L’O, seule piscine à être gérée en délégation de service public dans le secteur, a encore de la marge avant de coûter aussi cher que ses voisines : entre 500 000 € et 600 000 € pour Sélestat (126 700 entrées), 500 000 € pour Saverne (200 000 entrées), 350 000 € pour Erstein (120 000 entrées), 300 000 € pour Aquavallées à Bassemberg (127 000 entrées). À la différence d’Obernai, toutes pratiquent des tarifs très attractifs pour leurs associations (lire ci-dessus).
Bruno Freyermuth est enfin convaincu que les pertes supposées de la société Ellipse ont des répercussions sociales sur les salariés. « Ils sont obligés de fonctionner à flux tendu. Souvent, tous les bassins ne sont pas ouverts pour cette raison. Et les clients payent quand même plein tarif. »
Pour Bernard Fischer, qui reconnaît que tout n’est pas parfait, son opposant « s’est planté de A à Z » et en serait réduit à se concentrer sur des détails.
Le club des Dauphins, un des meilleurs français, est ravi d’un équipement « fantastique ». Mais a le plus grand mal à régler la facture. « Est-ce que vous connaissez une association avec un budget de 160 000 € qui peut absorber un loyer de 118 000 €?, interroge, remonté, le président, Gilbert Dietrich. Dans la Cus, les clubs ne payent rien. Pareil à Sélestat. À Molsheim et Erstein, le tarif est symbolique. »
Même en augmentant fortement les cotisations et le nombre de membres, tout en réduisant les dépenses, il n’y arrive pas. « Ce qui me gonfle, c’est qu’on me dise oui, oui, ça va bien alors qu’on se mine la santé. La tension monte, certains s’engueulent. C’est ma dernière année. Les nageurs nationaux payent déjà 1000 à 1500 € de leur poche. Le risque, si on continue, c’est de donner un coup de frein et que l’encadrement ne suive plus. »
Bernard Fischer met en avant la qualité de l’équipement et le fait que seuls un tiers des Dauphins habite la communauté de communes. Il rappelle que la Ville d’Obernai a déjà doublé la subvention (désormais de 29 000 €) et que la communauté de communes a augmenté son contrat avec Ellipse de 25 000 € pour faire baisser le loyer du club.
Un dossier politique
Construire un espace aquatique de grande ampleur à Obernai, avec bassins sportifs, ludiques et espace de bien-être, était de toute évidence un pari ambitieux. Bernard Fischer, l’élu phare du territoire (*), l’a toujours revendiqué. Quitte à s’exposer aux critiques de son meilleur ennemi, Bruno Freyermuth, pour qui l’équipement est démesuré, cher et affiche des prévisions d’entrées « fantaisistes ».
Après un an de fonctionnement, force est de constater qu’on est loin du naufrage. L’O n’est pas encore à l’abri d’une tempête, mais ne l’aperçoit pas à l’horizon. Vrai succès populaire, l’équipement plaît. « Notre plus grand bonheur sera de voir les gens heureux », déclarait en décembre 2010 Bernard Fischer. C’est le cas et il en ressort renforcé. D’autant que L’O coûte bien moins cher que les piscines des territoires voisins. En dépit de la rallonge votée par les élus, qui porte à 275 000 € par an le coût de fonctionnement de l’équipement.
Le bilan se joue aussi sur le terrain politique, chacun s’engouffrant dans la moindre brèche pour porter l’estocade. Démenti sur ses annonces alarmistes, Bruno Freyermuth attaque sur l’envers du décor : la grogne d’une partie des salariés et le club de natation malmené par des charges qui ont explosé. Des critiques qui ne suffisent pas à menacer le succès de L’O mais qui ont le don d’exaspérer un Bernard Fischer très sourcilleux sur le sujet. À tel point que même quand il a raison et est soutenu par les autres élus du territoire, il rechigne à répondre à ces attaques qu’il juge à côté de la plaque. Une manière d’éviter de leur donner de l’écho, pour laisser le public seul s’exprimer.
(*) Maire d’Obernai, président de la communauté de communes du Pays de Sainte-Odile et vice-président du conseil général. Entre autres.
Ce week-end, animations à l’appui, L’O fête sa première année de fonctionnement (*). Et forcément se pose la question du premier bilan de cet équipement phare du piémont, construit à Obernai par la communauté de communes du Pays de Sainte-Odile.
Son succès populaire fait l’unanimité. La clé en serait « la qualité de l’offre et les tarifs très compétitifs. » Le public du piémont et de la vallée de la Bruche vient en masse. Les Strasbourgeois et l’Alsace Centrale font facilement le déplacement. « On a même des abonnés du Haut-Rhin et des Vosges, signale Bernard Fischer, le président de la communauté des communes. En 2012, on va affiner ces données en demandant le code postal aux gens. »
800 courriels ont été reçus à la mairie et à la communauté de communes, « dont 700 de satisfaction. Les autres, c’était des suggestions, surtout au début. » Il reconnaît volontiers un certain nombre de dysfonctionnements mineurs, mis sur le compte des aléas inévitables au démarrage d’un équipement complexe, dont le gestionnaire n’a été désigné que deux mois avant l’ouverture. Certaines améliorations et des petits travaux sont prévus pour les prochains mois, au bien-être et au niveau du pentaglisse notamment. Le restaurant ouvrira en mars ou avril et les animations vont se renforcer. La structure en béton des bassins, elle, tient bon. Ce qui ne va apparemment pas de soi : les élus du territoire ont visité en France des piscines neuves truffées de malfaçons…
Pas de fuite d’eau à L’O et 370 000 entrées enregistrées mi-décembre, malgré trois semaines de fermeture. Un chiffre énorme qui inclut 26 000 scolaires et 50 000 nageurs de club, mais qui reste inférieur aux prévisions. Elles étaient de 420 000 en année pleine.
Deux précisions importantes à cela : les chiffres 2011 ne sont pas définitifs (« Le rapport du délégataire présenté en mars à la communauté de communes donnera tous les détails », promet Bernard Fischer) et « l’équilibre financier global est tenu ». L’explication ? Le nombre d’entrées ne dirait pas tout : « Les recettes de l’aquagym représentent le triple de l’objectif, le bien-être est a priori au-delà des prévisions et il y a quelques entrées en bassin de moins », explique-t-il. « Dans les recettes, il y a aussi les soins ou le snacking l’été, etc. », précise Audrey Schimberlé, directrice de la communauté de communes.
L’enjeu pour l’avenir, c’est de fidéliser ce public et de préparer l’arrivée en 2014 de la piscine plein air rénovée… et peut-être des nouveaux équipements qui se préparent à Strasbourg. Les élus de la capitale s’intéressent d’ailleurs beaucoup à L’O. Comme d’autres collectivités. « On a déjà eu plus d’une vingtaine de visites de délégations de toute la France, relève Bernard Fischer. Ils s’intéressent à la valeur ajoutée de l’offre zen/wellness et veulent récupérer le travail juridique qu’on a fait sur la délégation de service public. » Une preuve de plus, selon l’élu, de la pertinence des décisions prises.
(*) Ce soir à 20 h, ballet nautique. Demain matin : réveil musculaire. Aujourd’hui et demain après-midi : jeux et animations avec structures gonflables. Infos et tarifs : www.lo-obernai.fr
Guillame Muller